Nankin la cité en flammes, Ethan Young

Ethan Young

Urban China, 192 pages

2015


Nankin la cité en flammes, est un manhua, c'est-à-dire une bd chinoise. Elle se lit à l'occidentale, de gauche à droite. Le récit traite d'un épisode particulièrement tragique de la guerre sino-japonaise de 1937, le massacre de Nankin qui fit jusqu'à 300000 victimes selon certaines estimations.

Le Japon attaque la Chine et dans l'offensive, les généraux chinois abandonnent Nankin, les soldats ainsi que les civils qui y sont pris au piège. Nankin la cité en flammes est l'histoire d'un capitaine de l'armée chinoise et de l'un de ses soldats, qui errent à travers les décombres de la ville pour tenter de s'échapper.

 Huis clos dans Nankin envahie


 Dans leur tentative pour rejoindre la zone de sécurité, au coeur de la ville, ils croisent des civils qui se terrent et qui essayent d'échapper au grand massacre. Cette zone de sécurité a réellement existé et le personnage occidental qui apparaît est une référence aux quelques témoins occidentaux qui ont assisté au massacre et qui ont pu le documenter.

 Les planches en noir et blanc sont particulièrement expressives et reconstituent une ambiance difficile, lourde, âpre, terrible même si les scènes de massacres ne sont pas présentes. Pas de manichéisme toutefois dans cette histoire où tous les soldats japonais ne sont pas des brutes saoûles et meurtrières.


L'histoire se résume à une sorte de huis clos au sein de la cité, et peu d'éléments sont toutefois donnés pour comprendre la situation générale et le contexte, si ce n'est un rappel historique en annexe.

L'auteur, Ethan Young est né en 1983 à New York de parents immigrés chinois précise l'éditeur Urban China .

Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx

Didier Daeninckx

Gallimard, 216 pages

1984



A travers l'enquête de l'inspecteur Cadin, l'auteur Didier Daeninckx aborde dans Meurtres pour mémoire deux chapitres importants de l'histoire de France: la guerre d'Algérie et l'Occupation.

Deux époques, deux conflits et deux générations dans cette histoire aux personnages imaginaires: celle d'un prof, d'histoire justement Roger Thiraud, qui assiste, juste avant d'être assassiné, à la répression sanglante de la manifestation pacifique organisée par le FLN en plein Paris le 17 octobre 1961. Et celle de son fils assassiné à Toulouse vingt ans plus tard tandis qu'il vient de consulter des archives de la préfecture datant de la seconde guerre mondiale.

FLN, OAS et exécutions ciblées


Meurtres pour mémoire est d'abord un polar pas trop mal ficelé avec enquêteurs, meurtriers, complices, indics, témoins prostrés et documents compromettants. Mais ce roman vise aussi à restituer l'ambiance d'octobre 1961, alors que la guerre d'Algérie fait rage, que les attentats et les exécutions ciblées s'enchaînent, organisés par les pro indépendance mais aussi par les partisans de l'Algérie française en métropole.

Le 17 octobre 1961 est ce jour de violence policières et de massacre. Quand la police disperse une manifestation du côté du carrefour Bonne Nouvelle et tire sur les manifestants. Il y aura des dizaines de morts. Vingt ans plus tard, le jeune prof d'histoire lui aussi découvre, dans des archives cette fois,  le travail zélé d'un fonctionnaire sous le régime de Vichy qui collabora avec l'occupant pour la traque des Juifs.

Une référence implicite à la trajectoire de Maurice Papon


L'auteur, dont l'oeuvre est réputée pour ses engagements sociopolitiques, ne met pas ces deux chapitres historiques au hasard dans son roman. Il s'agit d'abord de deux scandales mettant en scène les services de police. Il s'agit aussi d'une référence au fait que le préfet de police en 1961 s'appelait Maurice Papon et que celui-ci fut le secrétaire de la préfecture de Gironde qui organisa des convois de Juifs pour le compte des Allemands pendant la seconde guerre mondiale.

Le parcours des personnages de Daeninckx n'est pas tout à fait celui là, puisque l'action du roman se passe entre Paris et Toulouse et non Bordeaux; l'issue n'est pas la même non plus et Papon fut jugé et condamné pour complicité de crimes contre l'humanité en 1998. Mais la référence est implicite. Le roman est paru quelques années seulement après les premières révélations sur le passé de Papon.

Rouge Braise, Rolande Causse

Rolande Causse

Gallimard jeunesse, 96 pages

1985



L'histoire se passe en 1944 en France. Dounia et sa Grand-mère quittent Paris en raison des bombardements et vont rejoindre une partie de la famille en Bourgogne, à Saint-Léon, petit village où s'active un réseau local de résistants.

Le père de Dounia est prisonnier de guerre en Allemagne et sa maman est en convalescence en Suisse. La jeune fille, en butte à l'hostilité des gamins du village, ne fréquente l'école communale que quelques jours. Elle passe ensuite ses journées avec sa tante et son oncle Georges, impliqué dans un réseau local de résistants, qui l'emmène avec lui pour les livraisons d'armes et qui parfois lui demande même de transmettre un message à l'insu des soldats allemands.

Occupation, résistance et représailles allemandes


Ce court roman développe, tout en douceur et sensibilité, le récit à hauteur de la préadolescente héroïne de l'histoire et donne au jeune lecteur une approche de ce chapitre de la seconde guerre mondiale qu'est l'Occupation.

Roman de formation, d'initiation, de découverte de la vie à la campagne, Rouge Braise est en même temps récit de l'action des résistants français avec les messages codés à la radio, les expéditions nocturnes, les réunions secrètes, les bruits des avions qui viennent parachuter des armes pendant la nuit, mais aussi, les crimes et les destructions de l'occupant.

L'auteur, Rolande Causse, née en 1937 s'est inspirée d'un "lointain souvenir de jeunesse".
L'éditeur indique que ce roman est adapté aux enfants de 10 à 13 ans.

Compagnie K, William March

William March

Gallmeister, 259 pages

1933 aux USA

Titre d'origine: Company K



Étonnant et saisissant roman que Compagnie K. 133 chapitres, courts et percutants. 133, c'est le nombre d'hommes que compte la compagnie K, de l'armée des États-Unis d'Amérique. L'auteur, William March, vétéran de la première guerre mondiale, offre un tableau saisissant de la guerre de 14, un tableau sombre, amer, terrible, peint essentiellement à partir des tranchées.

On s'engage sous la pression populaire et la propagande, on exécute les prisonniers, on se bat au corps à corps, sous le déluge de feu et de mitraille. On en revient blessé, physiquement et ou psychiquement, hanté par les morts et les blessés, et poursuivi par la mauvaise conscience des actes effectués pendant les combats et que l'on regrette aussitôt.

Les Doughboys du Corps expéditionnaire américain (AEF)


Les USA sont entrés en guerre à la fin de l'année 1917 et le corps expéditionnaire (AEF, American expeditionnary Force), et ses milliers de Doughboys, est arrivé très rapidement et a pris part aux batailles de l'Aisne, de Meuse, Argonne, Saint-Mihiel...). Compagnie K s'inscrit dans cette histoire.

Chaque chapitre pourrait être une courte nouvelle, du point de vue du soldat qui parle à la première personne. Mais l'ensemble s'articule et s'organise, et donne à voir la vie d'une unité telle que la Compagnie K. La vie et aussi la mort pourrait-on dire.

Un roman polyphonique


Ce roman choral donne parfois à voir certaines actions sous plusieurs angles, selon les points de vue de différents soldats. Comme cet officier qui envoie un groupe d'hommes à l'attaque d'un nid de mitrailleuse. Dans le chapitre suivant, c'est le point de vue des soldats à l'attaque qui est développé.
Une technique employée plus tard par l'écrivain Laurent Gaudé dans son roman Cris, publié en 2001.

Ce roman balaie toute forme d'héroïsme et traite de la guerre comme une chose vaine et cruelle, à la manière d'un Dalton Trumbo, autre auteur américain qui publia Johnny s'en va en guerre en 1939.


"La compagnie K a engagé les hostilités le 12 décembre 1917 à 22h15 à Verdun (France) et a cessé le combat le 11 novembre 1918 au matin près de Bourmont, ayant la nuit précédente traversé la Meuse sous les bombardements ennemis; et ayant participé, au cours de la période susmentionnée, aux opérations décisives suivantes: Aisne, Aisne-Marne, Saint-Mihiel et Meuse-Argonne.
De nombreux hommes ont été cité pour leur bravoure, et les décorations ont effectivement été décernées pour service exemplaire sous le feu: 10 croix de guerre (dont quatre avec palme); 6 Distinguished service cross; 2 médailles militaires et une Medal of honnor, cete dernière ayant été attribuée au soldat Harold Dressern un homme qui a fait preuve d'un courage individuel peu commun. (Caporal Stephen Waller)
Après la fin de la guerre, j'ai repris mon ancien boulot d'employé de la General Hardware Company, et j'y suis toujours. Dans ma ville, les gens me montrent du doigt à ceux qui ne sont pas du coin en leur disant: " ce type est rentré l'uniforme couvert de médailles, vous l'auriez jamais deviné, hein?" Et les gens qui ne sont pas du coin répondent toujours que c'est vrai, jamais ils l'auraient deviné". (Soldat Harold Dresser)


 Pour aller plus loin, on consultera les chroniques des ouvrages suivants:



Les enfants de choeur, Alphonse Boudard

Alphonse Boudard

Flammarion, 280 pages

1982





Les enfants de choeur est un recueil de nouvelles publié à l'aube des années 1980 par Alphonse Boudard (1925-2000). Écrivain, résistant, malfrat, il s'inspire de sa vie riche et dense pour raconter avec truculence des scènes de vie peuplées de personnages hauts en couleur.

Toutes les nouvelles ne traitent pas de la guerre. Nous retenons toutefois ce recueil pour ce blog, consacré à la guerre dans la littérature rappelons-le, car quelques uns de ces textes plongent le lecteur au temps de la seconde guerre mondiale. La faconde de l'auteur reconstitue à merveille le quotidien de ces temps agités.

Il en va ainsi par exemple de la nouvelle intitulée Mariette, qui conte une histoire de coeur entre Alphonse qui "bricole" un peu dans la Résistance et Mariette qui fait son éducation sexuelle au début de l'année 1944. Entre le Luna Park ,le cinéma où passent les films de Jean Marais, ou le 36 quai des Orfèvres, c'est un peu du Paris sous l'Occupation que l'auteur donne à voir.
Il y a aussi Le Prisonnier, un huis clos entre un FFI et deux GI's, à proximité de Rezonville, en 1944 face aux lignes allemandes.
 

"On nous cloque dans l'arrière-salle. Le menu aujourd'hui c'est du foie de génisse avec de la purée de pommes de terre et puis de la vraie crème renversée. En nous annonçant ces bonnes choses, la patronne, une forte mémère, elle fait des clins d'oeil à Mariette. Je respire que c'est à mon propos. Ça paraît bizarre... j'ai l'impression que les rôles, comme la crème, sont renversés, que Mariette se comporte avec moi comme un monsieur qui sort une petite nana qu'il vient d'emballer. Ces temps où je vous ramène... trente huit piges en arrière,... sont si phallocratiques dans les moeurs, que je me sens tout de même humilié! Devant la purée, le beurre, la tranche de foie, je bois toute ma honte en même temps que le picrate... une bonne bouteille de chinon pour arroser les victuailles. Autour de nous, les quatre ou cinq tables sont occupées par des couples plutôt cossus... les lascars aux costumes bien coupés... pompes triple semelle... les dames rebondies de la croupe... bagousées, emperlousées.. ça m'a l'air de ces fameux profiteurs dont on nous parle à Radio-Paris... Il fait chaud dans ce restaurant, tout est feutré, on se sent presque à l'abri de la guerre". (Mariette)