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Boualem Sansal, Le village de l'Allemand

Boualem Sansal

Gallimard, 304 pages

2008




Au-delà du thème de la quête d'identité, Le village de l'Allemand est un roman qui déroule une thèse de combat: l'islamisme radical est comparable au nazisme. (...)

Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx

Didier Daeninckx

Gallimard, 216 pages

1984



A travers l'enquête de l'inspecteur Cadin, l'auteur Didier Daeninckx aborde dans Meurtres pour mémoire deux chapitres importants de l'histoire de France: la guerre d'Algérie et l'Occupation.

Deux époques, deux conflits et deux générations dans cette histoire aux personnages imaginaires: celle d'un prof, d'histoire justement Roger Thiraud, qui assiste, juste avant d'être assassiné, à la répression sanglante de la manifestation pacifique organisée par le FLN en plein Paris le 17 octobre 1961. Et celle de son fils assassiné à Toulouse vingt ans plus tard tandis qu'il vient de consulter des archives de la préfecture datant de la seconde guerre mondiale.

FLN, OAS et exécutions ciblées


Meurtres pour mémoire est d'abord un polar pas trop mal ficelé avec enquêteurs, meurtriers, complices, indics, témoins prostrés et documents compromettants. Mais ce roman vise aussi à restituer l'ambiance d'octobre 1961, alors que la guerre d'Algérie fait rage, que les attentats et les exécutions ciblées s'enchaînent, organisés par les pro indépendance mais aussi par les partisans de l'Algérie française en métropole.

Le 17 octobre 1961 est ce jour de violence policières et de massacre. Quand la police disperse une manifestation du côté du carrefour Bonne Nouvelle et tire sur les manifestants. Il y aura des dizaines de morts. Vingt ans plus tard, le jeune prof d'histoire lui aussi découvre, dans des archives cette fois,  le travail zélé d'un fonctionnaire sous le régime de Vichy qui collabora avec l'occupant pour la traque des Juifs.

Une référence implicite à la trajectoire de Maurice Papon


L'auteur, dont l'oeuvre est réputée pour ses engagements sociopolitiques, ne met pas ces deux chapitres historiques au hasard dans son roman. Il s'agit d'abord de deux scandales mettant en scène les services de police. Il s'agit aussi d'une référence au fait que le préfet de police en 1961 s'appelait Maurice Papon et que celui-ci fut le secrétaire de la préfecture de Gironde qui organisa des convois de Juifs pour le compte des Allemands pendant la seconde guerre mondiale.

Le parcours des personnages de Daeninckx n'est pas tout à fait celui là, puisque l'action du roman se passe entre Paris et Toulouse et non Bordeaux; l'issue n'est pas la même non plus et Papon fut jugé et condamné pour complicité de crimes contre l'humanité en 1998. Mais la référence est implicite. Le roman est paru quelques années seulement après les premières révélations sur le passé de Papon.

La question, Henri Alleg

Henri Alleg

Éditions de minuit, 93 pages

1958



Court texte à portée incalculable, La Question est le récit d'un mois de captivité et de torture en pleine bataille d'Alger en 1957. Son auteur, le journaliste Henri Alleg (1921-2013) y raconte les sévices et les tortures qu'il subit dans la prison El-Biar, de la part des parachutistes de la 10e DP (Division parachutiste), à qui le pouvoir politique a confié les pleins pouvoirs pour affronter le FNL.

C'est la guerre d'Algérie et la bataille d'Alger fait rage, entre attentats et rafles, répression, censure, exécution sommaires et tortures. La bataille sera gagnée par les militaires, qui sortiront le FLN de la ville, mais perdue par la civilisation et la démocratie du fait des moyens employés par les soldats.

Torture à l'électricité

Henri Alleg, directeur du journal Alger Républicain interdit en 1955 est militant de parti communiste algérien. Il entre dans la clandestinité pour échapper à la mesure d'internement qui menace chaque collaborateur du quotidien réputé pour ouvrir ses colonnes à toutes les opinions, y compris celles qui dénoncent le système colonial. Il est arrêté en novembre 1956 dans le logement de son ami Maurice Audin, arrêté la veille et où les militaires ont mis en place une souricière. Maurice Audin, jeune mathématicien a disparu, il n'est jamais réapparu comme de nombreux autres; probablement lors de ce qui était appelé "les corvées de bois".

Henri Alleg (1921-2013)

Pour faire parler Henri Alleg, les soldats qu'il nomme par leurs noms dans son récit, le torturent à l'électricité, le battent, le brûlent. Il est ensuite transféré dans un camp d'où il fait parvenir en France une copie de sa plainte au procureur d'Alger. Une campagne de mobilisation va parvenir à le faire libérer. La parution de La Question en 1958 sera plusieurs fois interdite et mobilisera de nombreux intellectuels.

Révélations et prise de conscience


Ce récit bref et violent comme une décharge d'électricité sur la langue, pose la question des moyens utilisés et des limites qui s'imposent pour parvenir à un résultat, en l'occurrence guerrier. Il met en lumière les pratiques, tortures et exécutions sommaires, mises en oeuvre par les paras de la 10e DP. Des pratiques révélées au grand public, reconnues et défendues par certains des officiers de l'époque au prétexte qu'ils luttaient contre des actes terroristes. Ce court texte fait comprendre à tout à chacun que cela est fait en son nom et au nom de la puissance coloniale; que cette guerre (qui n'est pas appelée ainsi en ce temps là), est une sale guerre. Ces pratiques saliront longtemps l'image de la France et de son armée.

"Il y a maintenant plus de trois mois que j'ai été arrêté. J'ai côtoyé, durant ce temps, tant de douleurs et tant d'humiliations que je n'oserais plus parler encore de ces journées et de ces nuits de supplices si je ne savais que cela peut être utile, que faire connaître la vérité c'est aussi une manière d'aider au cessez-le-feu et à la paix. Des nuits entières, durant un mois, j'ai entendu hurler des hommes que l'on torturait, et leurs cris résonnent pour toujours dans ma mémoire. J'ai vu des prisonniers jetés à coup de matraque d'un étage à l'autre et qui, hébétés par la torture et les coups, ne savaient que murmurer en arabe les premières paroles d'une ancienne prière.
Mais, depuis, j'ai encore connu d'autres choses. j'ai appris la "disparition" de mon ami Maurice Audin, arrêté vingt-quatre heures avant moi, torturé par la même équipe qui ensuite me "prit en mains". Disparu comme le Cheick Tebessi, président de l'association des Oulamas, le docteur Cherif Zahar, et tant d'autres". (Pages 12-13)


Les années, Annie Ernaux

Annie Ernaux
Gallimard, 253 pages
2008






Incroyable travail autobiographique qui mêle à la fois souvenirs personnels et collectifs, Les années est ce texte splendide, même pas nostalgique, qui raconte la vie d'une femme française née en 1940. (..)

Finir la guerre

Michel Serfati
Editions Phébus, 137 pages
2015





Longtemps après que l’encre des traités a séché, le son du canon continue de résonner dans la mémoire des acteurs d’une guerre. Deux, trois générations parfois sont nécessaires pour surmonter le traumatisme. (..)

Les nuits de Strasbourg

Assia Djebar
Actes Sud, 403 pages
1997







Ce long roman écrit au coeur des années 90 et publié en 1997 est un hymne à la femme libre et une dissertation sur l'histoire et les parcours atypiques des individus à travers les périodes difficiles.

Les nuits de Strasbourg raconte le séjour de Thelja à Strasbourg. Cette jeune femme algérienne, venue de Paris, laisse un mari dont elle est séparée et un jeune fils, et vient rejoindre son amant François de vingt ans son aîné, avec lequel elle va passer neuf nuits dans la capitale alsacienne. Neuf nuits dans neuf hôtels différents. L'action se passe en 1989. (..)

Nedjma

Kateb Yacine
Seuil, 250 pages
1956





Roman de l'Algérie qui s'émancipe, publié en 1956, Nedjma est un texte polyphonique. Derrière le personnage de la jeune Nedjma, l'auteur Kateb Yacine (1929-1989) raconte le destin d'un pays colonisé qui étouffe dans une union impossible avec la France (..)

Azrayen'

LAX/GIROUD

Dupuis, 120 pages

2013





Algérie, 1957. Le groupe mobile de sécurité (GMS) du capitaine Messonnier a disparu corps et âme quelque part en grande Kabylie.

Sa section composée de harkis devait étudier la possibilité d'implanter un dispensaire dans le djebel Ouarzen. Cela fait plus d'une semaine que l'état-major n'a plus de nouvelles (..)

Ce que le jour doit à la nuit

Yasmina Khadra

Julliard, 441 pages

2008





Roman d'aventures, d'amour, d'initiation et de guerre, Ce que le jour doit à la nuit est un tableau saisissant de l'Algérie, du début des années 30 jusqu'à l'indépendance en 1962.

Le héros, Younès, grandit dans une famille pauvre de la campagne algérienne. Un jour de grande détresse, le père décide de tout quitter et de recommencer sa vie à la ville. Il transporte sa petite famille à Jenane Jato, un des faubourgs miséreux d'Oran.

Mais le père de Younès, après un nouvel échec, décide de confier son fils à son frère Mahi qui est pharmacien et qui habite avec son épouse Germaine dans le quartier européen. Younès, que Germaine appelle Jonas découvre la vie aisée mais reste tiraillé entre cette nouvelle vie et ses origines. (..)

Où j'ai laissé mon âme

Jérôme Ferrari

Albin Michel, 153 pages

2010




Voilà un texte beau et sombre sur la nature humaine. Jérôme Ferrari développe sa vision de l'homme à travers ce drame planté au coeur de la guerre d'Algérie.

Le capitaine André Degorce, résistant français, torturé et déporté par les nazis en 1944, puis engagé volontaire en Indochine, mène la chasse aux terroristes à Alger en 1957. Sur l'un des murs de son bureau, les cases de l'organigramme du FLN se remplissent progressivement tandis que les détenus parlent sous la torture. Degorce finit par capturer Tahar, la tête du réseau. Mais le soldat français sombre à mesure qu'il entrevoit ce que la guerre fait de lui.

L'Atlantide

Pierre Benoit

Albin Michel, 281 pages

1919



L'Atlantide n'est pas à proprement parler un roman de guerre. L'histoire se passe en 1897, aux confins du Sud algérien. Deux officiers français, le capitaine Morhange et le lieutenant de Saint-Avit partent en mission d'exploration dans le Hoggar et sont retenus prisonniers dans un palais merveilleux... Pierre Benoit s'est inspiré de la légende de Ti-Hinan, la reine des Touaregs, et de la légende de l'Atlantide.

Les serpents

Pierre Bourgeade

Gallimard, 270 pages

1983



La guerre d’Algérie fut une guerre de professionnels, d’appelés et de rebelles. Ces trois grandes familles de combattants sont présentes dans Les serpents, roman d’aventure et d’horreur.

Albin, jeune instituteur qui vit avec sa mère, est « rappelé » sous les drapeaux. Il passe par le centre mobilisateur de Marseille, puis c’est l’Algérie. Le jeune homme sera affecté à un régiment d’infanterie stationné à Tizi-Ouzou, en Kabylie.

Des hommes

Laurent Mauvignier

Editions de Minuit, 281 pages

2009



En 1960, Rabut, Bernard, Février et bien d'autres ont été appelés en Algérie. Depuis, ils portent en silence, comme un fardeau, cette période de leur vie, ces 26 mois de service sous les drapeaux qui les minent et leur coupent les ailes.


L'auteur cisèle le profond malaise qui éteint le feu de la vie dans le coeur de ces jeunes hommes envoyés se battre contre les fellaghas.


Zone

Mathias Enard

Actes Sud, 517 pages

2008



Un homme seul voyage dans un train, de Milan à Rome, par une froide nuit d'hiver. Francis Servain Mirkovic doit livrer au Vatican une mallette contenant des documents sur les meurtriers de la Zone.

La Zone, c'est la Méditerranée, côté obscure. Il la connait pour y avoir erré, comme milicien fascisant d'abord, en Croatie et en Bosnie. Et pour y avoir travaillé comme agent de renseignement, pour y avoir rencontré des hommes de l'ombre, marchands de canons, intermédiaires, espions, criminels en disgrâce, entendu leurs récits, de Beyrouth à Tanger, de Tripoli à Trieste, de Barcelone à Benghazi ou Alexandrie.

L'art français de la guerre


Alexis Jenni

Gallimard, 633 pages.

Prix Goncourt 2011


La narrateur, une homme jeune, en errance, rencontre à Lyon, un ancien militaire, Victorien Savagnon, résistant engagé volontaire dans les parachutistes, d'abord en Indochine puis en Algérie. Le soldat lui raconte sa "guerre de vingt ans" en même temps qu'il lui apprend l'art de la peinture.


Ce roman porte en lui une thèse: la France a mené deux guerres coloniales et les a perdues, mais sa relation à l'autre, à celui qu'elle considère différent, garde une certaine constance.