Aline Sax
La joie de lire, 112 pages
2013
Titre original: Het meisje en de soldaat
Une jeune fille dont le père est parti à la guerre, rencontre un soldat venu d'Afrique. C'est l'histoire d'une rencontre improbable et délicate entre deux êtres que tout oppose. Et que la guerre rapproche. Lui qui se souvient de sa femme et de son fils, elle qui pense à son père parti à la guerre; elle qui vit le monde qui l'entoure par les sons, les odeurs, le toucher, mais pas la vue. Un jour, le soldat ne revient pas s'asseoir sur le banc en face de l'auberge, alors elle part à sa recherche.
Le contexte de ce court et touchant roman n'est pas mentionné mais il pourrait s'agir de la première guerre mondiale, puisqu'il y a un front, des tranchées, des soldats qui montent et qui reviennent du front, et des tirailleurs africains. Il est question de handicap, de racisme mais aussi de bienveillance.
L'écriture de l'auteur Aline Sax est empreinte d'une grande délicatesse. Elle alterne les points de vue et les chapitres La jeune fille succèdent à ceux intitulés Le soldat. A noter les illustrations de Ann de Bode et la traduction du néerlandais par Maurice Lomré.
Étonnant et saisissant roman que Compagnie K. 133 chapitres, courts et percutants. 133, c'est le nombre d'hommes que compte la compagnie K, de l'armée des États-Unis d'Amérique. L'auteur, William March, vétéran de la première guerre mondiale, offre un tableau saisissant de la guerre de 14, un tableau sombre, amer, terrible, peint essentiellement à partir des tranchées.
On s'engage sous la pression populaire et la propagande, on exécute les prisonniers, on se bat au corps à corps, sous le déluge de feu et de mitraille. On en revient blessé, physiquement et ou psychiquement, hanté par les morts et les blessés, et poursuivi par la mauvaise conscience des actes effectués pendant les combats et que l'on regrette aussitôt.
Les Doughboys du Corps expéditionnaire américain (AEF)
Les USA sont entrés en guerre à la fin de l'année 1917 et le corps expéditionnaire (AEF, American expeditionnary Force), et ses milliers de Doughboys, est arrivé très rapidement et a pris part aux batailles de l'Aisne, de Meuse, Argonne, Saint-Mihiel...). Compagnie K s'inscrit dans cette histoire.
Chaque chapitre pourrait être une courte nouvelle, du point de vue du soldat qui parle à la première personne. Mais l'ensemble s'articule et s'organise, et donne à voir la vie d'une unité telle que la Compagnie K. La vie et aussi la mort pourrait-on dire.
Un roman polyphonique
Ce roman choral donne parfois à voir certaines actions sous plusieurs angles, selon les points de vue de différents soldats. Comme cet officier qui envoie un groupe d'hommes à l'attaque d'un nid de mitrailleuse. Dans le chapitre suivant, c'est le point de vue des soldats à l'attaque qui est développé.
"La compagnie K a engagé les hostilités le 12 décembre 1917 à 22h15 à Verdun (France) et a cessé le combat le 11 novembre 1918 au matin près de Bourmont, ayant la nuit précédente traversé la Meuse sous les bombardements ennemis; et ayant participé, au cours de la période susmentionnée, aux opérations décisives suivantes: Aisne, Aisne-Marne, Saint-Mihiel et Meuse-Argonne. De nombreux hommes ont été cité pour leur bravoure, et les décorations ont effectivement été décernées pour service exemplaire sous le feu: 10 croix de guerre (dont quatre avec palme); 6 Distinguished service cross; 2 médailles militaires et une Medal of honnor, cete dernière ayant été attribuée au soldat Harold Dressern un homme qui a fait preuve d'un courage individuel peu commun. (Caporal Stephen Waller) Après la fin de la guerre, j'ai repris mon ancien boulot d'employé de la General Hardware Company, et j'y suis toujours. Dans ma ville, les gens me montrent du doigt à ceux qui ne sont pas du coin en leur disant: " ce type est rentré l'uniforme couvert de médailles, vous l'auriez jamais deviné, hein?" Et les gens qui ne sont pas du coin répondent toujours que c'est vrai, jamais ils l'auraient deviné". (Soldat Harold Dresser)
Pour aller plus loin, on consultera les chroniques des ouvrages suivants:
Les âmes grises est le roman de la noirceur, de la vie
recluse, des destinées égarées, du temps perdu. En 1917, dans une bourgade
située à quelques kilomètres du front, une toute jeune fille est retrouvée
étranglée au bord du canal. Le juge Mierck mène l'enquête. Le narrateur,
policier au moment des faits, raconte "l'Affaire" bien des années plus tard: l'histoire de ce
meurtre, son contexte, alors que tonne le canon et la première guerre Mondiale.
L'auteur, Philippe Claudel brosse le tableau d'un décor âpre,
rugueux, une ambiance lourde, à couper au couteau. Il met en scène une brassée
de personnages qui ne sont d'ailleurs, pour la plupart ni bons ni mauvais,
jamais vraiment heureux, ou alors pour un court laps de temps. Dans ce pays,
souvent, le malheur rattrape les petites gens. Comme la guerre attrape les
destins des soldats qui défilent dans la bourgade, allant ou revenant du front.
Il y a le procureur Destinat, l'institutrice Lysia Verhareine, Joséphine
Maulpas.
Une intrigue, du suspense, et une adaptation au cinéma
D'ailleurs, la guerre est omniprésente. Le canon tonne, les
régiments montent au front. Les soldats en reviennent blessés, gueules cassées.
Ce roman s'articule autour du récit a posteriori des
évènements qui précédèrent et qui suivirent la découverte du cadavre de Belle
de jour, le surnom de la petite assassinée, seul véritable personnage
rayonnant. Ce n'est pas à proprement parler un polar même si l'intrigue et le
suspense restent ouverts jusqu'à la fin de ce beau, sombre et profond roman.
« Moi non plus, lui dis-je, je n'ai plus son visage...
Souvent je le cherche, j'ai l'impression qu'il vient vers moi, et pus il
s'efface, il ne reste plus rien, alors je me tape, je m'engueule...Pourquoi donc, bêta? Ne plus se souvenir du visage de celle qu'on aimait... Je
suis un salaud ». Joséphine haussa les épaules:« Les salauds, les saints, j'en ai jamais vu. Rien n'est
ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes,
c'est pareil... T'es une âme grise, joliment grise, comme nous tous...Des mots tout ça...Qu'est-ce qu'il t'ont fait les mots? » (page 134)
Ce n'est pas la première fois que La première guerre mondiale est le contexte d'une enquête. On peut ainsi citer Un long dimanche de fiançailles, de Sébastien Japrisot, ou encore Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre. Ces romans sont regroupés dans le blog et leurs chroniques accessibles sur le lien suivant Première guerre mondiale.
Le roman de Philippe Claudel a fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 2005 par Yves Angelo.
La guerre littéraire, le cours d'Antoine Compagnon au Collège de France
Guerre et littérature. C'est l'objet de ce blog et c'est surtout l'un des couples les plus anciens de l'histoire humaine, tout du moins depuis l'apparition de l'écriture. Antoine Compagnon, historien et spécialiste de Proust, titulaire de la chaire de Littérature française moderne et contemporaine au Collège de France, a consacré son cours de l'année 2014 à cette thématique, sous l'intitulé La guerre littéraire. (..)
Nous proposons ici le texte intégral de la conférence de Georges Duhamel, intitulée Guerre et Littérature, donnée le 13 janvier 1920 à la Maison des amis du livre, à Paris. (..)
Les sept dernières plaies est une succession de souvenirs
romancés de la première guerre mondiale, uniquement axés sur l'aide médicale
aux blessés. L'auteur Georges Duhamel s'est inspiré de son expérience de
médecin aide-major dans les unités chirurgicales pendant la guerre de 14-18.
Point de combats, de descriptions d'attaques ou d'offensives,
mais le récit de la guerre vue de l'arrière ou tout du moins depuis les
antennes chirurgicales et hôpitaux du front, où viennent souffrir et mourir les soldats
blessés (..)
La guerre des boutons est cette rivalité qui oppose les enfants de Longeverne à ceux de Velrans, deux villages que l'on peut situer à l'est de la France. C'est la guerre des gamins.
Les deux bandes se battent à travers champs et fourrés, à coup de triques et de lance-pierres. On grimpe en haut des arbres pour mieux préparer les offensives, on court à travers la campagne, on organise des expéditions punitives que l'on prépare pendant la récréation.
Il y a Lebrac le chef, Camus, Grandgibus et TiGibus, La Crique pour les Longevernes, et en face, l'Aztec, Migue-la-lune et les autres. (..)
Un peu de lyrisme ne fait pas de mal au reportage. C'est le sentiment que donne la lecture du recueil de reportages d'Albert Londres publié aux éditions Arléa sous le titre Câbles & reportages.
En ces temps de grande commémoration du centenaire de la première guerre mondiale, on relit avec intérêt les reportages d'Albert Londres, qui sillonne de nombreux théâtres d'opération de la "guerre de 14". La grande qualité littéraire de ces textes et leur puissance d'évocation leur ouvrent les portes de ce blog consacré à la guerre dans la littérature. (...)
Limon, ce recueil de cinq nouvelles propose une vision diffractée de la guerre dans les tranchées pendant la première guerre mondiale. Il n'est pas tant question ici d'assauts et de combats, mais plutôt du quotidien des soldats mais aussi des familles à l'arrière (...)
L'adieu aux armes est un roman d'une grande puissance d'évocation qui mêle une histoire d'amour romantique et un récit de batailles pendant la Première guerre mondiale en Italie.
Le héros, Frederic Henry, est un jeune américain, engagé volontaire dans l'armée italienne tandis que les USA ne sont pas encore entrées dans le conflit. Il est lieutenant (tenente, en italien) ambulancier, sur le front, là où les Italiens se battent contre les Austro-hongrois, à l'est d'Udine, près de Gorizia. (..)
La nature humaine semble naviguer éternellement entre ces deux états et Cathie Barreau, derrière un titre qui renvoie à une interrogation lancinante, décline ces notions dans un texte à la structure complexe. (..)
Dans les chapitres d’ouverture d'Au revoir là-haut, la guerre n’en a plus pour très longtemps. Quelques jours tout au plus. En ce début de mois de novembre 1918, un nouvel assaut sur une tranchée allemande va irrémédiablement lier trois hommes.
Il y a les soldats Maillard et Pericourt d’une part, et le lieutenant d’Aulnay-Pradelle d’autre part. Trois hommes dont les destins entremêlés vont tenir le lecteur d’Au revoir là-haut en haleine pendant plus de cinq cents pages. (..)
Le narrateur vit reclus dans une cave d'un village alsacien imaginaire, Heimsdorf. Il s'est auto proclamé gardien des âmes des hommes du village, morts à la guerre. Et en Alsace, morts à la guerre signifie souvent morts en Russie (Russland en dialecte), sous uniforme allemand.
Il est ici question de ces générations d'Alsaciens ballottées par l'Histoire, qui ont changé quatre fois de nationalité entre 1870 et 1945 et qui ont dû combattre sous l'uniforme allemand, le plus souvent sur le front de l'Est. (..)
Dalton Trumbo Actes Sud (Babel), 320 pages 1939 aux USA
Titre original: Johnny got his gun
Ce roman pacifiste et antimilitariste, centré sur la première
guerre mondiale, a été écrit par l'auteur et scénariste américain Dalton Trumbo (1905-1976) en 1938. Mis sous
presse au printemps 1939, il a été publié le 3 septembre de la même année, au moment
où les panzers allemands envahissaient la Pologne et ouvraient grandes les
portes de l'enfer de la seconde guerre mondiale.
Plus de vingt années plus
tard, il était lu dans les meetings pacifistes pendant la guerre du Vietnam.
Car Johnny s'en va-t-en guerre est probablement l'un des textes les plus
virulents et les plus profondément pacifistes qu'il soit donné de lire. (..)
Le docteur Jivago est un grand roman d'aventure et d'amour écrit au lendemain de la seconde guerre mondiale par Boris Pasternak(1890 - 1960), écrivain et poète soviétique déjà réputé au moment de la publication de l'oeuvre en 1957.
C'est l'histoire de Iouri Jivago, très jeune orphelin, qui grandit dans la Russie du début du XXe siècle. Il traverse la révolution de 1905, est mobilisé pendant la première guerre mondiale, part au front, vit les événements de la Révolution d'octobre et les années qui suivirent jusqu'au seuil des années 1940. Marié à Tonia Groméko dont il aura deux enfants et dans la famille de laquelle il a grandi, il tombe amoureux de Lara Guichard, une jeune femme qu'il a déjà croisée à plusieurs reprises. (..)
Roman colonialiste publié au début des années 1920, La randonnée de Samba Diouf est l'évocation du parcours d'un jeune pêcheur mobilisé et incorporé dans un bataillon de tirailleurs sénégalais pour soutenir l'effort de guerre français contre "les Alamans" pendant la Première guerre mondiale.
Samba Diouf vit dans le petit village de Niômi. Il part quérir le troupeau qu'il vient de recevoir en héritage, au lointain pays des Foulahs. Au cours de son passage sur le territoire des Mandingues, il est lâchement fait prisonnier et livré aux autorités coloniales à la place d'un garçon du village traversé. Il part en France, combat dans les tranchées en Argonne, au sein du 113e bataillon de tirailleurs sénégalais. Puis il est blessé, revient en Afrique, cherche le troupeau qui lui est promis et rentre dans son village. (...)
Le diable au corps est un roman transgressif qui fit scandale au lendemain de la Première guerre mondiale. Publié en 1923, il raconte la relation adultère d'un jeune garçon âgé de seize ans, le narrateur, avec Marthe, une jeune femme d'à peine 20 ans, d'abord fiancée puis mariée.
C'est le thème des amours adolescentes et ce texte porte en cela les caractères du roman initiatique. La relation se fait quasiment au grand jour, dans un petit bourg des bords de Marne, suscitant l'indignation des esprits bien pensants.
Une indignation renforcée, et c'est la deuxième et principale transgression, par le fait que le fiancé puis mari trompé est un soldat qui fait la guerre et qui sera même blessé. Le narrateur n'est pas tendre avec ce rival qu'il méprise. (...)
Les champs d'honneur est un roman familial, la description de
l'entrelacs des générations, les frères, les soeurs, les oncles, les
grand-parents d'une même famille originaire de la Loire inférieure.
Jean Rouaud conte dans une langue belle et simple, la vie quotidienne, les
habitudes, les vacances d'été autour de quelques figures tutélaires comme le
grand-père ou encore la « petite tante », la voiture des uns, la propriété
des autres, les expéditions dans le grenier, les caractères. Les adultes ont
cette part de mystère et beaucoup de leur histoire ne survivra pas à leur
génération. (...)
Le corps franc du capitaine Conan (qui est lieutenant au début de l'histoire avant d'obtenir de l'avancement), a passé la guerre à effectuer des coups de main dans les lignes adverses, au couteau et à la grenade. L'histoire se passe dans les Balkans, sur le front d'Orient et les Français se battent contre les Bulgares. Au moment de l'Armistice, en novembre 1918, les hommes de Conan sont en Roumanie, avant de stationner en Bulgarie, près de Sofia.
Dans Capitaine Conan, le narrateur a été nommé rapporteur auprès du tribunal militaire qui est chargé de juger certains des actes commis par les soldats, pendant les hostilités, mais aussi après, qu'il s'agisse par exemple de désertion à l'ennemi ou du braquage d'un établissement de nuit. (...)
Grande saga familiale, ce roman est une adaptation du scénario d'un téléfilm à succès réalisé en 1996 et qui porte le même titre.
Elle met en scène une famille alsacienne, les Kempf - de La Tour, entre 1870 et 1953, dans un petit village alsacien imaginaire, Alsheim dont la torpeur est bousculée par la grande Histoire.