vendredi 29 mars 2013

Le Diable a l'avantage

Isabel Ellsen

Nil éditions, 172 pages

1995



Voici la guerre vue par ceux des journalistes les plus dingues, les plus fracassés, les plus accrocs à l’adrénaline des combats. Isabel Ellsen, photographe et grand reporter, met en scène dans Le Diable a l'avantage, un trio de reporters de guerre, deux hommes, John et Yeager et une femme, Babé, plongés bien volontairement au cœur des combats entre Serbes et Croates à l’automne 1991. Les troupes de Belgrade encerclent Osijek et donnent l’assaut sur Vukovar, en Croatie. C’est le début de la désintégration de l’ex-Yougoslavie.


Ils traversent des lignes de front sous les tirs des snipers, rampant dans les fossés, courbés dans les champs de maïs. Ils vivent l’encerclement et le siège des villes de Slavonie (la grande plaine à l'Est de la Croatie) parmi les civils au fond des caves, ou dans les rues balayées par les rafales d’armes automatiques. Isabel Ellsen, qui fut l'une des rares journalistes à entrer dans Vukovar assiégée, s’est inspirée de son expérience pour construire ce court roman.

Dans Le Diable a l'avantage, les reporters de guerre sont présentés comme des hommes et des femmes que la guerre et les combats attirent et qui s’y brûlent ; qui ont perdu une part d’eux-mêmes à arpenter les champs de batailles, à photographier les morts et les vivants, les cadavres, les victimes, les bourreaux. La guerre est «cette chose que l’on dit folle et laide et que nous avions voulu belle, parce qu’on les trouvait beaux, ceux qui de leur sang écrivent l’histoire. Cette chose affreuse ». 



« L’autoroute Zagreb-Belgrade avait une allure habituelle, les gens saluaient avec bienveillance notre voiture bariolée d’autocollants « Presse » et une cassette de Françoise Hardy pleurait un tube d’il y a longtemps. La Banija, zone habituelle des combats, semblait calme et les barrages perméables à la sortie de Novska. C’était ce que nous avions coutume d’appeler un voyage de « température » ; l’actualité se reposait et nous permettait d’aller constater sur le terrain l’avancée des troupes serbes en territoire croate.
Au village de Dubica, à cinq kilomètres de Kostajnica, un paysan armé nous a prévenus : on se battait sur la colline. « Qui tient la route ? » a demandé Babé. Une question rituelle dans cette partie du pays où l’on se disputait âprement chaque centimètre de terre, que les uns perdaient une nuit et regagnaient le lendemain. Le paysan ne savait pas trop. Personne n’était allé par là depuis des semaines. Il nous donna la permission de passer d’un geste las. Babé ne posa aucune question et démarra. Il était tellement évident que nous devions continuer.
J’éteignis la radio et baissai ma vitre pour localiser la distance des combats. Tout était silencieux. Nous ne parlions pas.
Deux kilomètres plus loin, alors que nous roulions sur une route tortueuse bordée d’une forêt, nous sommes tombés en pleine embuscade. Les tirs d’arme automatique jaillissaient des fourrés sur notre gauche, et la réplique immédiate venait de droite. Une grenade explosa quelques mètres derrière nous. » (Pages 17-18)



 Le diable à l’avantage a été adapté au cinéma. C'est le film Harrison's flowers (Des fleurs pour Harrison), réalisé par Elie Chouraqui en 2001, avec David Strahairn, Andie MacDowel, Elias Koteas, Adrien Brody et Marie Trintignant.




2 commentaires:

  1. je viens de découvrir votre blog et je l'aime beaucoup. Je suis juriste spécialisée dans les conflits armés et la justice pénale internationale et photographe. Ce livre, puis le film qui en fut tiré, dépeint avec réalité cette guerre.
    Merci de continuer à me faire découvrir d'autre romans.

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  2. Merci Karine
    il y a aussi les romans/récits de Lionel Duroy, Jean Hatzfeld et Velibor Colic que vous trouverez chroniqués ici http://desromansetdesguerres.blogspot.fr/search/label/ex-Yougoslavie

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