jeudi 14 mars 2013

Kampuchéa

Patrick Deville

Seuil, 260 pages

2011







Kampuchéa est un voyage dans le temps et dans l’espace à travers la péninsule indochinoise, depuis l'expédition de l’explorateur Henri Mouhot qui redécouvrit les ruines d’Angkor Vat, en 1860, jusqu’au procès de Douch, en 2009, qui dirigea le centre de torture S-21 des Khmers rouges.

L’écrivain voyageur Patrick Deville raconte l’histoire récente du Cambodge en remontant le fleuve Mékong. L'épicentre de son roman est le site d’Angkor.

Il revient notamment sur l’histoire des «frères numérotés» (dont Pol Pot, le frère N°1) qui dirigeaient l’Angkar, l’organisation des Khmers rouges, leurs années de formation à Paris, leur retour au Cambodge, puis le maquis, la conquête du pouvoir, le génocide dans le Kampuchéa démocratique, le maquis à nouveau.

Ce beau texte sur les traces de Malraux, Conrad, Loti, et Garnier emmène le lecteur de Saïgon  à Phnom Penh, de Vientiane à Bangkok, de Hué à Luang Prabang. La péninsule, traversée par le Mékong, apparaît comme une unité géographique et historique à part entière, comme la Méditerranée de Braudel, à la manière de Mathias Enard dans Zone.

"C'est ici, à My Tho, que Loti descend en 1901 du train en provenance de Saigon. C'est alors l'extrémité de la ligne. Cette voie ferrée de la plaine des Joncs vient d'être pour partie arrachée et pour partie recouverte par la nouvelle route que je viens d'emprunter. A My Tho, une mouche à vapeur et un équipage attendent Loti pour remonter ce bras du delta du Mékong, et l'accompagner jusqu'à Phnom Penh, puis traverser le grand lac Tonlé Sap, sur la rive duquel un convoi d'éléphants le mènera jusqu'aux ruines d'Angkor à travers la forêt clairière. Nous sommes en 41 après HM.
L'année dernière, Loti a publié Les pagodes d'or. Conrad a fait paraître Lord Jim. Et Kipling a écrit son Kim.
Ne disposant pas des moyens logistiques d'un officier de la Royale à l'escale d'un cuirassé au port de Saigon, je devrai pour ma part me rendre à Can Tho, port depuis lequel des embarcations remontent le bras du Bassac vers la frontière du Cambodge. A l'époque de Loti, ce découpage de l'Indochine n'a pas plus de valeur que des limites départementales, et l'officier de marine échappe aux tracasseries des visas jusqu'à Phnom Penh. Au-delà les ruines d'Angkor cette année là, sont encore sur le territoire du Siam". (p 119-120, édition Points)




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