dimanche 6 avril 2014

L'adieu aux armes

Ernest Hemingway

Gallimard, 316 pages

1948 (en France) 1929 aux Etats-Unis

Titre en anglais: A farewell to arms.




L'adieu aux armes est un roman d'une grande puissance d'évocation qui mêle une histoire d'amour romantique et un récit de batailles pendant la Première guerre mondiale en Italie.

Le héros, Frederic Henry, est un jeune américain, engagé volontaire dans l'armée italienne tandis que les USA ne sont pas encore entrées dans le conflit. Il est lieutenant (tenente, en italien) ambulancier, sur le front, là où les Italiens se battent contre les Austro-hongrois, à l'est d'Udine, près de Gorizia. (..)

 

De Gorizia au Lac majeur


Frédéric Henry rencontre Catherine Barkley, une infirmière anglaise bénévole qui travaille dans un hôpital britannique installé près du front et dont le fiancé est mort en France en 1915. Ils tombent amoureux. Leur histoire d'amour les mènera à Milan puis au bord du Lac Majeur et enfin en Suisse où les attend le destin.


Ernest Hemingway et Agnes von Kurowsky


Rien des motivations du jeune américain ne sont exposées dans ce roman. Il est engagé volontaire presque par hasard, semble-t-il, parce qu'il était en Italie à ce moment là. Il passe son temps entre les ambulances, les bars et les bordels en compagnie d'officiers italiens. Le personnage semble comme absent, détaché et la guerre quelque chose de lointain, là-bas dans la montagne.

Ernest Hemingway ambulancier

Un roman initiatique


Ernest Hemingway a construit son texte dans le style du roman initiatique. Son héros, étrangement vide au début devient consistant, concerné, au fur et à mesure que se construit son histoire avec Catherine qui tombe enceinte.


La guerre quant à elle n'est d'abord décrite que via le ballet des officiels, le roi d'Italie en tête, qui passent et repassent dans de grosses voitures et à travers des conversations joyeuses et distanciées entre officiers qui sirotent du Vermouth. Puis le ton change. Frédéric Henry est blessé au cours d'un bombardement. Après sa convalescence à Milan, il revient au front et c'est une guerre stupide, insensée et catastrophique qui est présentée.




Hemingway blessé pendant la première guerre mondiale en Italie


Au coeur de la bataille de Caporetto

Ernest Hemingway plante la seconde partie de son roman au beau milieu de la déroute de Caporetto. Caporetto est cette bataille qui eut lieu en octobre et novembre 1917. Les Austro-hongrois appuyés par des troupes allemandes enfoncèrent le front dans la vallée de l'Isonzo, provoquant la plus grande débâcle de l'armée italienne qui recula de plusieurs dizaines de kilomètres en quelques jours.


Le héros se retrouve pris dans des colonnes infinies de véhicules bloqués sur les routes, au milieu de la campagne désertée par les civils. Échappe de peu à un tribunal militaire improvisé sur les bords du fleuve qui exécute ceux des officiers séparés de leurs troupes. La guerre confine à l'absurde. Frédéric Henry quitte le théâtre des opérations, déserte donc, rejoint Catherine enceinte. Ils fuient l'Italie.


Pour bien souligner la lente descente aux enfers, l'auteur utilise la météo et le climat. Le début du roman s'ouvre sur le printemps et la campagne empoussiérée. Il se poursuit en été. La déroute a lieu sous la pluie et la grisaille de l'automne. Et le couple prend la fuite et se réfugie dans les Alpes enneigées en plein hiver.


La bataille de Caporetto, en octobre et novembre 1917, en Italie.


Ernest Hemingway (1899-1961)
Un roman d'inspiration autobiographique

Ernest Hemingway s'est inspiré de sa propre expérience pour construire ce roman de guerre et d'amour. Car celui qui emporta le prix Nobel de littérature 1954 s'était lui-même engagé dans les ambulances de la Croix Rouge en Italie pendant la première guerre mondiale. Il avait été blessé à la jambe. Pendant son hospitalisation, il était tombé amoureux d'une infirmière américaine, Agnes von Kurowsky.

Le style d'Ernest Hemingway, composé de phrases courtes, sèches, sans fioritures, y compris dans les descriptions des paysages est terriblement efficace et concourt à l'atmosphère générale qui se dégage de ce chef d'oeuvre de la littérature.



"J'ai toujours été embarrassé par les mots: sacré, glorieux, sacrifice et par l'expression "en vain". Nous les avions entendus debout, parfois, sous la pluie, presque hors de la portée de l'ouïe, alors que seuls les mots criés nous parvenaient. Nous les avions lus sur les proclamations que les colleurs d'affiches placardaient depuis longtemps sur d'autres proclamations. Je n'avais rien vu de sacré, et ce qu'on appelait glorieux n'avait pas de gloire, et les sacrifices ressemblaient aux abattoirs de Chicago avec cette différence que la viande ne servait qu'à être enterrée. Il y avait beaucoup de mots qu'on ne pouvait plus tolérer et, en fin de compte, seuls les noms des localités avaient conservé quelque dignité. il en était de même de certains numéros et de certaines dates. Avec les noms des localités c'était tout ce qui avait encore un semblant de signification. Les mots abstraits tels que gloire, honneur, courage ou sainteté étaient indécents, comparés aux noms concrets des villages, aux numéros des régiments, aux dates. Gino était patriote, aussi disait-il des choses qui parfois nous séparaient; mais c'était un gentil garçon et je comprenais son patriotisme. Il était né patriote. Il partit avec Pedruzzi dans l'auto pour rentrer à Gorizia".

Les illustrations qui concernent la biographie de Ernest Hemigway ont été trouvées sur le site internet du JFK Library and Museum.


Ci-dessous, A farewell to arms adapté au cinema par Charles Vidor en 1958 avec Rock Hudson, Jennifer Jones et Vittorio De Sica.





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