dimanche 9 mars 2014

Goražde

Joe Sacco
Rackham, 228 pages
2004

Titre original: Safe area Goražde




La guerre de Bosnie a commencé à l'est, avant même le début du siège de Sarajevo le 6 avril 1992. Elle a commencé à l'est quand des groupes paramilitaires venus de Serbie, en particulier les Tigres d'Arkan, sont entrés dans des villes proches de la frontière comme Zvornik ou Bijeljina et ont martyrisé les populations musulmanes de ces territoires. Quand d'autres groupes, locaux ou venus d'ailleurs, ont massacré leurs voisins, amis, collègues de travail, par familles entières à Visegrad ou encore Foca. (..)



Gorazde, l'une des trois enclaves musulmanes en Bosnie orientale


Et c'est peut-être à l'est qu'elle a été la plus terrible quand les survivants, fuyant les meurtres de masse et les persécussions, ont trouvé refuge dans de modestes bourgades rurales transformées bientôt en zones assiégées surpeuplées, les fameuses enclaves musulmanes de Bosnie orientale que furent Srebrenica, Zepa et Gorazde. Srebrenica et Zepa ont été conquises en juillet 1995 par les forces séparatistes serbes de la Republika Srpska et furent le théâtre d'un génocide.

La fuite (Joe Sacco, Gorazde)
Gorazde est un reportage journalistique en bande dessinée dans la poche du même nom, à quelques semaines de la fin de la guerre. Joe Sacco, journaliste américain raconte l'histoire de cette enclave, la seule des trois qui aura résisté jusqu'au bout. Il s'y est rendu à quatre reprises entre la fin 1995 et le début 1996. Il y a passé l'équivalent de quatre semaines.


Sur le pont de Visegrad (Joe Sacco, Gorazde)
Son récit débute en novembre 1995 quand il entre avec un convoi humanitaire de l'ONU dans l'enclave de Gorazde, traversée par la rivière Drina et peuplée de 57000 personnes dont de nombreux réfugiés. A cette époque, la Bosnie vit dans un entre deux: les principaux dirigeants concernés par le conflit (Alija Itzetbegovic pour les Musulmans, Slobodan Milosevic pour les Serbes et Franjo Tudjman pour les Croates) sont aux Etats-Unis, à Dayton et négocient un accord de paix. Et personne ne sait encore quel sera le résultat de cette rencontre.

Cette carte est extraite de X. Bougarel, Bosnie : anatomie d’un conflit, Paris, La Découverte, 1996, pp. 104-105.

Café turc et cigarettes Drina


Joe Sacco raconte le quotidien des habitants de Gorazde en plein hiver. Et pour qui a connu cette période de guerre, il est aisé de retrouver dans ce récit illustré, d'un grand réalisme, les routes enneigées et boueuses qui traversent des hameaux détruits par les combats, les habitants fatigués par cinq années de conflit, les ambiances chaleureuses dans la seule et unique pièce chauffée de la maison, dans l'odeur du café turc et dans la fumée des Drina, les cigarettes locales. Les rêves des enfants, les espoirs presque éteints des adultes, et cette incompréhension: comment le monde n'arrive-t-il pas à arrêter ce cauchemar? Dans la ville, se trouvent des réfugiés de la région et par leurs témoignages, Joe Sacco revient sur les situations des autres villes de la région.
Gorazde en 2009. Photo prise depuis ce qui fut le poste le plus avancé des snipers serbes pendant le siège de l'enclave. (Photo O.C.)

Avec beaucoup d'empathie pour les habitants de l'enclave, Joe Sacco, raconte l'histoire de la guerre en Bosnie orientale quand le monde était concentré sur la situation de la capitale Sarajevo: les combats, les assauts, les snipers, les bombardements, les fuites, les expéditions dans la montagne pour trouver de la nourriture, le système D, omniprésent, les soldats de la FORPRONU, la Force de protection des Nations Unies (UNPROFOR), les assaillants serbes. Pour plus d'information, consulter notre page spéciale consacrée à la Guerre de Bosnie

Cet ouvrage n'est pas une fiction mais une innovation, un genre nouveau: il s'agit d'un reportage journalistique rigoureux et fidèle, fondé sur des témoignages riches et nombreux mais qui prend la forme d'une bande dessinée; un travail très complet pour comprendre la guerre de Bosnie et ce qu'il advint de ses habitants.

Joe Sacco par lui-même.



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