dimanche 14 avril 2013

Capitaine Conan

Roger Vercel

Albin Michel, 253 pages

Prix Goncourt 1934



Le corps franc du capitaine Conan (qui est lieutenant au début de l'histoire avant d'obtenir de l'avancement), a passé la guerre à effectuer des coups de main dans les lignes adverses, au couteau et à la grenade. L'histoire se passe dans les Balkans, sur le front d'Orient et les Français se battent contre les Bulgares. Au moment de l'Armistice, en novembre 1918, les hommes de Conan sont en Roumanie, avant de stationner en Bulgarie, près de Sofia.

Dans Capitaine Conan, le narrateur a été nommé rapporteur auprès du tribunal militaire qui est chargé de juger certains des actes commis par les soldats, pendant les hostilités, mais aussi après, qu'il s'agisse par exemple de désertion à l'ennemi ou du braquage d'un établissement de nuit. (...)

En empathie avec les prévenus, il est amené à enquêter sur des affaires qui concernent les hommes de Conan.

L'auteur, Roger Vencel, qui fut soldat pendant la première guerre mondiale, dénonce la guerre en ce quelle fabrique des hommes transformés en machines à tuer pour les besoins de l'armée et qui sont ensuite incapables de reprendre le cours d'une vie normale une fois la paix revenue. Ceux des conscrits qui ne s'adaptent pas à l'uniforme, aux bombardements et aux combats sont tout autant broyés.



"Il s'arrêta net, me regarda:
- Comprendre? Tu crois que parce que je gueule, je ne comprends pas? Il y a longtemps que j'ai compris qu'ils avaient honte de nous, qu'ils ne savaient plus où nous cacher! Moi et mes gars, on l'a faite, la guerre, on l'a gagnée! C'est nous! Moi et ma poignée de types, on a fait trembler des armées, t'entends, des armées qui nous voyaient partout, qui ne pensaient plus qu'à nous, qui n'avaient peur que de nous dès que s'allumait la première fusée!... Tuer un type, tout le monde pouvait le faire, mais en le tuant, loger la peur dans le crâne de dix mille autres, ça c'était notre boulot! Pour ça, il fallait y aller au couteau, comprends-tu? C'est le couteau qui a gagné la guerre, pas le canon! Un poilu qui tiendrait contre un train blindé lâchera à la seule idée que des types s'amènent avec un lingue... On est peut-être trois mille, pas plus à s'en être servi, sur tous les fronts. C'est ces trois mille-là les vainqueurs, les vrais! Les autres n'avaient qu'à ramasser derrière!... Et maintenant, ces salauds qui nous les ont distribués, larges comme ça, nos couteaux de nettoyeurs, nous crient: "Cachez ça! Ce n'est pas une arme française, la belle épée nickelée de nos pères!... Et puis cachez vos mains avec, vos sales mains qui ont barboté dans le sang, alors que nous , on avait des gants pour pointer nos télémètres!... Et pendant que vous y êtes, cachez-vus aussi, avec vos gueules et vos souvenirs d'assassins!"


Le roman de Roger Vercel a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, réalisée par Bertrand Tavernier en 1996.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire