lundi 13 octobre 2014

La mer, le matin


Margaret Mazzantini

Robert Laffont, 144 pages

2012



Il fut un temps ou des Italiens s'en allaient s'installer en Libye. Miséreux attirés par les promesses coloniales de l'état fasciste italien, ils s'installèrent là-bien longtemps avant que le jeune Kadhafi ne se saisisse du pouvoir. Plus de soixante-dix ans plus tard, d'autres miséreux chassés par la guerre qui met à bas le régime du Colonel s'élancent sur la Méditerranée avec l'espoir d'une vie meilleure, là-bas en Italie. (..)

Margaret Mazzantini, qui vit à Rome, met en scène la figure mythique de la femme et de son enfant sur les routes de l'exil pour raconter dans ce court roman, des destins individuels ballottés par l'histoire.

Des pans méconnus de l'histoire libyenne


Il y a Jamila et son fils Farid. Chassés par la guerre qui vient d'être déclenchée en 2011 en Libye, ils fuient les combats et s'embarquent à bord d'un bateau de passeurs en direction de l'Italie. De l'autre côté de l'immensité liquide, Angelina, qui vit avec son fils Vito, se souvient avec nostalgie de sa vie en Libye, où elle a grandi jusqu'à ce que Khadafi chasse de Tripoli les colons italiens et leurs descendants en 1970.

Angelina et son fils se souviennent aussi du voyage qu'ils firent en Libye avant la chute de Kadhafi, sur les traces de l'histoire familiale. Ce moment du roman est d'ailleurs l'occasion d'une très touchante scène dans le cimetière d'Hammangi, le cimetière chrétien de Tripoli. Un roman bref et d'une belle intensité qui donne à connaître des pans méconnus de l'histoire de la Libye jusque et y compris la très récente guerre de 2011 et le destin des réfugiés qui s'embarquent entre deux continents.

"Farid sait que quelque part la guerre a éclaté. Ses parents complotent jusque tard dans la nuit et ses amis disent que des armes sont arrivées depuis la frontière, ils ont vu qu'on les déchargeait des jeeps pendant la nuit. Eux aussi ils aimeraient bien avoir une kalachnikov, une roquette.
Ils font partir quelques feux de Bengale tout près du vieux mendiant sourd. Farid saute, il s'amuse comme un fou. Hicham, le plus jeune de ses oncles, qui fait ses études à l'université de Benghazi, a rejoint l'armée des rebelles. Grand-père Mussa, qui guide les touristes jusqu'à la Montagne maudite, qui sait reconnaître les empreintes laissées par les serpents et interpréter les dessins rupestres, dit qu'Hicham est stupide, qu'il a lu trop de livres.
Il dit que le Caïd a recouvert la Libye de goudron et de ciment, qu'il l'a remplie de Touareg noirs venus du Mali, qu'il a gravé les mots de son ridicule Livre vert sur tous les murs, qu'il est allé aux quatre coins du monde rencontrer des financiers et des politiques, entourés de femme magnifiques comme un acteur en vacances. Pourtant c'est un Bédouin comme eux, un homme du désert. Il a défendu leur race persécutée tout au long de l'histoire, reléguée à la marge des oasis. Il vaut mieux l'avoir lui que les Frères musulmans.
Hicham a répondu mieux vaut la liberté"

L'interview de l'auteur au sujet de son roman La mer, le matin, sur le site des éditions Robert Laffont est ici
Margaret Mazzantini

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