mercredi 29 octobre 2014

Katiba

Jean-Christophe Rufin

Flammarion, 392 pages

2010



Roman de l'Afrique et de la diplomatie, du désert et du terrorisme, Katiba publié en 2010 est considéré comme un texte précurseur en ce qu'il annonçait ou mettait en scène, à sa parution, une réalité alors peu connue du grand public. Katiba offre à voir les coulisses des évènements qui ont vu le Sahara devenir la nouvelle zone de manoeuvre d'Al-Qaïda et des groupes qui lui sont affiliés sous l'enseigne d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Deux ans après sa parution, en 2012, l'armée française intervenait au Mali. (..)

Maquisards algériens et nomades du Sahel



Katiba raconte l'opération d'une société de renseignement privée, Providence, basée en Belgique et en Afrique du Sud, et qui se lance sur le "marché" de la lutte contre le terrorisme islamiste en Afrique. Elle est en contact à la fois avec la CIA et les services secrets algériens qui sont chacun à la manoeuvre. Elle envoie un de ses agents, Dimitri, pour surveiller un groupe de cinq médecins suspectés de constituer une cellule islamiste à Nouakchott, en Mauritanie.

Au coeur du Quai D'Orsay


Mais le personnage principale de ce roman, est Jasmine, jeune femme d'origine franco-algérienne, qui a vécu avec un diplomate français à Nouakchott et qui, au décès de celui-ci, s'est retrouvée sans le sous avant d'intégrer, par la petite porte, les services du ministère des affaires étrangères, à Paris, en fait dans le service du Protocole. Ses allers retours vers la Mauritanie, mais aussi son passé et sa présence en Algérie pendant la guerre civile des années 1990-2000 en font une suspecte de premier ordre aux yeux des agents de Providence. Elle pourrait être en lien avec la katiba d'Abou Moussa.


Les évolutions d'Aqmi au Sahel. Carte publiée en juillet 2010, au moment de la parution du roman de Jean-Christophe Rufin Katiba


Une katiba est une unité combattante mobile autonome qui évolue au Sahel, aux confins de l'Algérie, du Mali, du Niger, du Sénégal et de la Mauritanie. Jean-Christophe Rufin raconte ce monde nomade qui circule à bord de véhicules 4X4, qui vit de trafics et de commerce, qui communique par téléphone satellite mais aussi parfois à l'aide de messagers qui se déplacent à dos de chameaux.

Des intrigues entre les maquis d'Aqmi


Le romancier décrit la mise en place du dispositif terroriste dans le désert, avec les groupes d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), affiliés à Al-Qaïda. Leurs liens avec les maquis islamistes algériens, les intrigues entre chefs nomades, les alliances, les luttes intestines. Abou Moussa vient de faire alliance avec Kader Bel Kader, contre l'avis de l'un des dirigeants d'Aqmi, Abdelmalek.

Pure fiction mais faits réels


Jean-Christophe Rufin, prix Goncourt 2001 pour son roman Rouge Brésil, s'inspire ici de son expérience de diplomate. Ambassadeur de France au Sénégal de 2007 à 2010, il a connu l'assassinat de quatre touristes français en Mauritanie en 2007. Il a pu accéder à ces enquêtes qui se transforment en chasse à l'homme à travers le désert pour identifier et rattraper les auteurs. Même si, il est vrai, en postface de ce roman, il prend soin de préciser que ce texte est un ouvrage de pure fiction. Il ajoute toutefois que si les faits et leur articulation, bref si le récit et l'histoire sont le fruits de son imagination de romancier, les détails eux, pris séparément, sont réels.

 Jean-Christophe Rufin, né en 1952, élu à l'académie française en 2008, est passé de l'action humanitaire à l'action diplomatique. Il a dirigé de nombreuses missions humanitaires en Afrique et en Amérique pour Médecins sans frontières, a été attaché d'ambassade au Brésil, puis conseiller ministériel avant d'être nommé ambassadeur de France au Sénégal de 2007 à 2010.

Jean-Christophe Rufin est l'auteur de nombreux romans dont Asmara, chroniqué ICI.


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