dimanche 8 avril 2012

Palestine

Hubert Haddad

Zulma, 160 pages

2007



Cham, un jeune soldat israélien est kidnappé par un commando palestinien qui l'abandonne, blessé, en plein coeur de la Cisjordanie. Amnésique, il est recueilli par une veuve palestinienne aveugle et sa fille Falastin. Il prend l'identité du frère de Falastin, Nassim, pour mieux circuler en territoire contrôlé par Tsahal.

Hubert Haddad décrit la réalité d'une Cisjordanie occupée, entravée par l'armée d'occupation, écrasée par le fanatisme des uns et des autres, qu'ils soient du Hamas ou juifs orthodoxes.


Il est question de check-points omniprésents, de tirs de snipers, de massacres ancestraux qui se répondent tragiquement, de contrôles incessants, de détention administrative pour ne pas dire arbitraire, de lynchages.

Hubert Haddad évite tout manichéisme. Il décrit deux peuples au sein desquels les modérés sont pris au piège des extrêmes. Ce roman raconte comment la violence appelle la violence et comment l'humiliation attise la révolte.

"Refoulé au check-point nord menant à la vieille ville, butant ailleurs sur la police des frontières et l'armée, Nessim longea tous les blocs de béton placés entre les deux zones, tous les murs et les chevaux de frise. On le contrôla par deux fois à grands cris, mitraillettes pointées, en lui ordonnant de vider le contenu de son sac sur le trottoir. Les patrouilles incessantes ponctuées de rafles le contraignirent finalement à rebrousser chemin. Barbu et sale, de la paille dans les cheveux, il traîna son bagage dans la foule des bazars. Le chagrin et l'épuisement se mêlaient à un sentiment d'extrême vacuité, comme s'il n'était plus qu'une charge superflue, un poids d'aucune réalité dans l'opacité des jours. Layla lui avait annoncé la mort d'Asmahane, sans un mot de consolation, et les sirènes avaient hurlé, et des murs s'étaient partout interposés. Malgré sa peine, il n'avait que Falastin en tête; elle seule pouvait faire tressaillir en lui un reliquat d'illusion vitale".


Haddad achève Palestine en une sorte de parabole qui veut signifier qu'humilier et opprimer son voisin revient à se combattre soi-même.

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