jeudi 8 novembre 2012

Les serpents

Pierre Bourgeade

Gallimard, 270 pages

1983



La guerre d’Algérie fut une guerre de professionnels, d’appelés et de rebelles. Ces trois grandes familles de combattants sont présentes dans Les serpents, roman d’aventure et d’horreur.

Albin, jeune instituteur qui vit avec sa mère, est « rappelé » sous les drapeaux. Il passe par le centre mobilisateur de Marseille, puis c’est l’Algérie. Le jeune homme sera affecté à un régiment d’infanterie stationné à Tizi-Ouzou, en Kabylie.


Il va fréquenter des soldats professionnels qui ont combattu en Indochine. Ces hommes pratiquent la torture et massacrent les populations civiles à l’occasion. Albin s’opposera à eux avant de devoir ensuite affronter les rebelles d’en face, leur mystère et leurs méthodes, pas si éloignées finalement de celles des anciens d’Indochine.

Pierre Bourgeade reconstitue le parcours d’un appelé, surpris dans son quotidien, chez lui, par deux gendarmes motocyclistes venus lui remettre le pli annonçant sa mobilisation. Un jeune homme comme des centaines de milliers d’autres, qui furent envoyés en Algérie mener une sale guerre dans la poussière et la rocaille, à la poursuite d’ombres insaisissables.



"Albin entre dans la tente, où le lieutenant, qui s'est couché, et qui lit un illustré à la lumière d'une petite lampe fonctionnant au gaz butane, le regarde faire sans mot dire, prend son sac de couchage sur le lit de camp et s'installe tant bien que mal à la belle étoile. La torture, la corvée de bois, le coup de grâce. Il est étrange de penser que ceux qui viennent d'être ainsi mis à mort sont nés quelque part par là, dans la montagne, alors que ceux qui les ont tués sont nés à des milliers de kilomètres de là, de l'autre côté de la mer. Cependant, ceux qui, venus de si loin, tuent ceux qui sont nés là, agissent mus par le sentiment de la justice. Le colonel H., le lieutenant d'A., le sous-lieutenant N. ont conscience d'agir justement, sinon ils ne feraient pas ce qu'ils font. Y a-t-il un cancer, dans la justice? Beau sujet de dissertation."
(page 192, édition Folio)

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