samedi 27 février 2016

Les âmes grises, Philippe Claudel

Philippe Claudel

Stock, 288 pages

2003





Les âmes grises est le roman de la noirceur, de la vie recluse, des destinées égarées, du temps perdu. En 1917, dans une bourgade située à quelques kilomètres du front, une toute jeune fille est retrouvée étranglée au bord du canal. Le juge Mierck mène l'enquête. Le narrateur, policier au moment des faits, raconte "l'Affaire" bien des années plus tard: l'histoire de ce meurtre, son contexte, alors que tonne le canon et la première guerre Mondiale.

L'auteur, Philippe Claudel brosse le tableau d'un décor âpre, rugueux, une ambiance lourde, à couper au couteau. Il met en scène une brassée de personnages qui ne sont d'ailleurs, pour la plupart ni bons ni mauvais, jamais vraiment heureux, ou alors pour un court laps de temps. Dans ce pays, souvent, le malheur rattrape les petites gens. Comme la guerre attrape les destins des soldats qui défilent dans la bourgade, allant ou revenant du front. Il y a le procureur Destinat, l'institutrice Lysia Verhareine, Joséphine Maulpas.

Une intrigue, du suspense, et une adaptation au cinéma




D'ailleurs, la guerre est omniprésente. Le canon tonne, les régiments montent au front. Les soldats en reviennent blessés, gueules cassées.

Ce roman s'articule autour du récit a posteriori des évènements qui précédèrent et qui suivirent la découverte du cadavre de Belle de jour, le surnom de la petite assassinée, seul véritable personnage rayonnant. Ce n'est pas à proprement parler un polar même si l'intrigue et le suspense restent ouverts jusqu'à la fin de ce beau, sombre et profond roman.

« Moi non plus, lui dis-je, je n'ai plus son visage... Souvent je le cherche, j'ai l'impression qu'il vient vers moi, et pus il s'efface, il ne reste plus rien, alors je me tape, je m'engueule...Pourquoi donc, bêta? Ne plus se souvenir du visage de celle qu'on aimait... Je suis un salaud ». Joséphine haussa les épaules:« Les salauds, les saints, j'en ai jamais vu. Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c'est pareil... T'es une âme grise, joliment grise, comme nous tous...Des mots tout ça...Qu'est-ce qu'il t'ont fait les mots? » (page 134)
Ce n'est pas la première fois que La première guerre mondiale est le contexte d'une enquête. On peut ainsi citer Un long dimanche de fiançailles, de Sébastien Japrisot, ou encore Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre. Ces romans sont regroupés dans le blog et leurs chroniques accessibles sur le lien suivant Première guerre mondiale.

Le roman de Philippe Claudel a fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 2005 par Yves Angelo.



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