lundi 18 février 2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn

Ben Foutain

Albin Michel, 402 pages

2012


Titre original: Billy Lynn's long halftime walk



Dans ce roman corrosif et hilarant, l’argent, la guerre, le football, dieu, la patrie : tout se mêle dans l’Amérique de Bush fils. Le front est en Irak et l'arrière en Amérique.
La vidéo d'une embuscade en Irak, devant les caméras de FoxNews, tourne en boucle sur YouTube. Dans la foulée, les huit soldats de la compagnie Bravo accèdent au statut de héros de l’Amérique. Encore sous le choc des combats contre les insurgés, les « bravo » sont poussés dans un avion, leur copain tué dans l’escarmouche avec eux dans un cercueil, direction les États-Unis pour une « tournée de la victoire».

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn est un portrait au vitriol de l’Amérique conservatrice, des États-Unis dominés par l’administration Bush. Dans ce roman, son premier, Ben Foutain dépeint une population engoncée dans un patriotisme islamophobe, traumatisée par le 11 septembre, sous perfusion de publicité et de football américain.
Le roman se passe au dernier jour de la « tournée de la victoire », quand les « bravo » sont les invités vedettes d’un match au Dallas stadium. Ben Foutain décrit, à la mi-temps, un spectacle surréaliste mêlant des soldats marchant au pas, des pom-pom girl qui se trémoussent, des pop stars qui se déhanchent, le tout retransmis en direct devant des millions de téléspectateurs. Une ambiance hallucinée qui n’est pas sans rappeler la scène du spectacle de playmates dans Apocalypse now de Coppola. À la différence près que dans le film, les playmates viennent distraire les soldats dans la plus pure tradition du théâtre aux armées. Ben Fountain bouleverse le casting ; soldats, playmates et footballeurs font partie d’un seul et même spectacle, ces jeux du cirque retransmis en direct.
Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn, gros succès outre-Atlantique, est le portrait d’une société où tout est business. Y compris la vie des soldats, issus des classes populaires, envoyés au front en échange de quelques milliers de dollars (Billy Lynn s’engage pour éviter la prison) pour le compte de l’administration Bush et de ceux qui l’ont portée au pouvoir : des hommes d’affaires multimillionnaires, les pieds dans le pétrole, qui mélangent patriotisme, dieu, business, football et cinéma.

"Beyoncé glisse la main le long de sa cuisse, remonte vers son entrejambe sans toutefois aller jusqu'à se caresser; c'est un geste qui, bien que susceptible de "heurter les enfants", peut à la rigueur être regardé en famille. Les filles aux banderoles passent, dont les jambes maigres et pâles évoquent des échasses. Les lumières stroboscopiques jouent des tours à Billy. Au travers de ses yeux réduits à deux fentes, tout se brouille et il a l'impression d'être plongé dans un rêve enfiévré peuplé de soldats, d'orchestre, de pom-pom girls qui défilent, entourés d'un tourbillon de corps qui se heurtent et se frottent les uns aux autres, de crépitements de feux d'artifice et de roulements de tambours qui accompagnent les "Allez les Cowboys". Destiny's Child! Parades! Soldats de plomb et érotisme qui mijotent, composant un grand ragoût déchaînant l'enthousiasme". (Page 310)

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